PLACE DE LA MESOTHERAPIE ET DE L’OSTEOPATHIE

EN TRAUMATOLOGIE SPORTIVE

DE L’ENFANT ET DE L’ADOLESCENT

 

 

Denis LAURENS*, Dominique CONGY**, Olivier de LAGAUSIE***

* Service de Médecine Physique et de Réadaptation, Pr Perrigot, Hôpital de la Salpétriêre Paris

** 11, avenue des Arts 94100 Saint-Maur

***INSEP 11, avenue du Tremblay 75012 Paris

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

La mésothérapie et l’ostéopathie sont deux techniques parfaitement complémentaires dans le traitement des pathologies sportives de l’enfant et de l’adolescent.

En effet la mésothérapie permet dans un premier temps de préparer le terrain en vue d’une thérapie manuelle et dans un deuxième temps elle facilite la guérison définitive par son action curative sur les structures concernées.

D’où la triade : mésothérapie - manipulations – mésothérapie.

Il est illusoire de vouloir utiliser ces deux techniques séparément, le résultat serait alors insuffisant ou aléatoire.

 

 

MESOTHERAPIE

 

1)  Définition

 

La mésothérapie est une conception thérapeutique simple visant à rapprocher le lieu de la thérapeutique du lieu de la pathologie pour une plus grande efficacité.
C’est une allopathie injectable par voies intradermique et sous-cutanée, superficielle, loco-régionale, polyvalente et micro-dosée.

Cette définition est résumée par la devise du Docteur Michel Pistor qui l’a imaginé « Peu, rarement et au bon endroit ».

Ceci nous permet d’utiliser des doses très faibles de médicaments sans risques chez l’enfant. Il n’y a pas de contre-indication même chez les plus jeunes.

La mésothérapie est une technique thérapeutique qui consiste à appliquer le traitement en regard de la zone malade en utilisant la plus petite dose médicamenteuse possible. Ceci correspond parfaitement aux impératifs de traitement de la traumatologie du sport où les atteintes sont périphériques, et donc abordables pas des aiguilles de faible longueur (4 mm)

 

Les mécanismes de fonctionnement physiologique en traumatologie du sport peuvent être assimilés à des phénomènes mécaniques, ce qui engendre la notion de cause et donc de caractère primordial de l'examen clinique, afin de rechercher la lésion primaire.

 

En effet, si l'on se contente de traiter les lésions apparentes sans savoir si elles sont isolées ou secondaires à d'autres causes, la mésothérapie n'aura aucun effet.

 

La mésothérapie étant un mode de traitement, elle ne pourra être efficace qu'après un examen clinique minutieux à la recherche de la cause réelle du mal.

 

Cette lésion primaire peut être de deux ordres :

      Þ Soit extrinsèque: Matériel, terrain, geste impropre, échauffement incorrect, préparation physique insuffisante, mauvaise hydratation, problème morphostatique, prise de médicaments.

 

      Þ Soit intrinsèque, dérangements vertébraux, subluxations articulaires

 

2) Techniques

 

a)       Les aiguilles

Elles sont de différentes longueurs : 4, 6 ou 10 mm.

Les diamètres les plus utilisés sont : 0,29mm et 0,35 mm.

 

b)       Seringues et injecteurs

Deux techniques sont possibles :

4Technique manuelle avec seringue et aiguille simples, le tout stérile et à usage unique.

4Technique assistée : Soit par injecteur pneumatique, soit par injecteur électronique avec des embouts stériles à usage unique.

 

                c) Points d'injections

Ce sont les points retrouvés à l'examen clinique d'où la nécessité d'un examen minutieux de l'ensemble du squelette.

 

                d) Profondeur

Elle sera variable selon la pathologie afin d'en être le plus près possible. Dans la très grande majorité des cas, des injections à 4 mm seront suffisantes mais, selon l'importance du tissu sous cutané ou de la chape musculaire, on pourra être amené à utiliser des aiguilles de 6 ou 10 mm.

On utilisera également le nappage ou la mésothérapie épidermique.

 

                e) Quantité injectée

La composition du mélange et la quantité injectée dépendent de la pathologie et de l'examen clinique. Il n'y a pas de mélange type, mais en fonction de l'examen clinique, on concentrera plus ou moins les composants.

Le plus souvent, on injectera 1/10cm3 par poncture, mais selon l'effet recherché on pourra aller jusqu'à 2 ou 3/10 de cm3

 

                f) Rythme des séances

Il dépend de l'ancienneté des lésions. IL est évident que si l'on intervient sur une pathologie très récente (quelques jours), 1 ou 2 séances suffiront. Par contre, au-delà de 2 à 3 semaines d'évolution, il faudra compter 3 séances à une semaine d'intervalle (J1, J8, J15) avec un bilan à J30.

 

 

3) Médicaments

 

Ils sont relativement peu nombreux, le plus important résidant dans la composition du mélange et dans sa concentration :

 

                a) Lidocaïne et Procaïne

Ils représentent la base de la Mésothérapie, car ils servent de vecteur aux autres composants du mélange qui diffuse ainsi plus profondément la Lidocaïne (Mésocaïne) sera utilisé en phase aiguë à 0,5% ou 1%.

La Procaïne sera toujours utilisée à 2% et réservée aux pathologies chroniques.

 

                b) AINS

Composants majeurs des mélanges mésothérapiques, ils sont nombreux mais sans qu'ils soient possible de faire ressortir une prédominance (Zofora*, Feldène*, Profénid*, Voltarène*, Tilcotil*,Mobic*)

 

                c) Calcitonines

Très souvent utilisée en traumatologie, deux classes s'opposent :

La calcitonine humaine de synthèse est plus facile à utiliser (compatibilité de mélange) mais bien moins supportée même en Mésothérapie.

Les Calcitonines animales sont mieux supportées, on utilisera de préférence la calcitonine de saumon à 100 UI..

                d) Myorelaxants

Le plus utilisé est le thiocolchicoside, aussi bien pour son efficacité que pour sa tolérance (Coltramyl*, Miorel*)

Le diazepan (Valium*) peut également être utilisé, mais sa tolérance est nettement moindre (brûlures).

 

e) Drainant

Il s’agit de la Dycinone* qui va permettre de drainer les tissus oedematiés.

 

                f) Vasodilatateurs

Ils vont permettre de relancer la circulation dans les tissus fibrosés et de véhiculer les AINS et les calcitonines plus en profondeur, d'où leur très grande importance.

Les plus utilisés sont : Torental*, Fonzylane*, Vadilex*..

 

                g) Homéopathie injectable

Deux types de préparations homéopathiques injectables sont utilisés :

      4L'Arnica 4 DH dont les indications sont représentées par les hématomes secondaires à un claquage, à une entorse, ou primaire par choc direct.

      4L’Equisétum Arvens en dilution 4 (Prèle) est employé dans les ostéochondroses.

 

 

 

Le dernier point, et non le moindre, est qu'il n'est jamais utilisé de dérivés cortisoniques en Mésothérapie et qu'il n'y a pas de problème de dopage. Seule, la Lidocaïne pouvait être incriminée, mais la dernière liste fournie par le Ministère des Sports (en accord avec le C.I.O.) stipule que la Lidocaïne peut être injectée par voie locale. Pour certaines fédérations une notification préalable sera toutefois nécessaire.

 

4) Indications

 

-        entorses : cheville, genou, acromioclaviculaire, doigts, poignet

-        ostéochondroses : Osgood Schlatter, Sinding Larsen Johanson, Sever, poignet, coude

-        tendinopathies : calcanéenne, rotulienne

-        rachialgies

-        périostites

 

 

OSTEOPATHIE

En traumatologie du sport, le traitement ostéopathique de l’enfant et de l’adolescent n’est pas très aisé de fait de deux éléments à prendre en compte : enfant et sportif. Nous devons rapprocher deux façons d’aborder le patient et la pathologie, avec en souci principal le respect de la personne qu’est un enfant. Les techniques ostéopathiques utilisées le plus fréquemment en traumatologie du sport conviennent plutôt aux adultes et ne peuvent être appliquées aux enfants sans quelques adaptations. Pourtant les lésions ostéopathiques traumatiques de l’adulte  sont les mêmes chez l’enfant. Nous avons donc des causes identiques mais une nécessité de recourir à des techniques, sinon différentes, du moins adaptées à un patient qui présente un profil particulier.

 

Chez un enfant, nous avons une absolue nécessité de remonter à la source étiologique. La posture n’est pas acquise et les schémas ou chaînes lésionnels sont en cours d’installation. Il ne faut donc pas favoriser leur installation en allant dans leur sens, c’est à dire en restant dans une dimension symptomatique. Par exemple, au niveau de l’épaule, une antéposition de la tête humérale va s’installer petit à petit en fonction de l’asymétrie fonctionnelle du sujet, le caractère asymétrique du geste sportif et du mauvais équilibre des groupes  musculaires (tennis, volley…) et passer d’un état anormal mais fonctionnel à un état lésionnel. Se limiter à constater cette lésion (de mobilité) et la normaliser va permettre d’installer ce schéma générateur de lésions récidivantes.

 

Le paramètre traumatique n’est pas pur, il peut être favorisé par un état sublésionnel préexistant. Le traumatisme est parfois un facteur déclenchant. Et revenir à l’état immédiatement pré-traumatique n’est pas toujours possible, mais toujours insuffisant.

 

Nous ne devons donc pas seulement différencier les causes endogènes des causes exogènes, mais aussi relativiser la lésion traumatique en fonction du patient lui-même. La réalité exogène est relative à l’état « pré-traumatique ».

 

C’est très facile quand un enfant est suivi régulièrement en ostéopathie. La lésion purement traumatique est identifiable facilement.

 

Il faut donc évaluer le facteur traumatique en fonction du fonctionnement de l’enfant et de son environnement. N’oublions pas que la souplesse naturelle des tissus chez l’enfant le protège de nombreuses lésions qui toucheront l’adulte. Par contre sa posture va être affectée par différents troubles fonctionnels (orthodontie, oculomotricité,…) il est donc souvent nécessaire de remonter à la « cause ». Le nourrisson et l’adolescent s’expriment à leur façon, entre les deux l’expression peut passer par la somatisation, c’est à dire l’installation d’un trouble mécanique fonctionnel, de lésion ostéopathique à ne pas négliger.

 

On peut citer deux exemples de chaînes lésionnelles, l’un à partir du crâne et l’autre à partir du bassin.

 

Nous pouvons commenter ces chaînes pour introduire les entorses tibio-tarsiennes.

Les entorses du genou.

Pathologies de cartilages de croissance (Osgood SLJ).

Le principe est identique sur les lésions traumatiques du poignet et de la main, de l’épaule.

 

Nous voyons donc que les principes généraux de l’ostéopathie s’appliquent en traumatologie sportive de l’enfant. Les lésions ostéopathiques crâniennes s’inscrivent dans ces chaînes, en tant que lésions primaires ou adaptatives. Un traitement sera la correction d’une chaîne complète incluant les différentes lésions ostéopathiques (primaires, adaptatives, traumatiques). Pour notre part, et à propos des traitements dits « crâniens », nous ne considérons pas les lésions de la symphyse sphéno-basilllaire comme des lésions crâniennes primaires  mais seulement adaptatives. Notre traitement ostéopathique des chaînes lésionnelles de l’enfant accordent une place importante, et souvent systématique, à la correction des lésions crâniennes périphériques, lésions s’inscrivant dans une logique  mécanique traumatique ( et aussi psychosomatique).

 

Les techniques de normalisation articulaires, dites avec « thrust », peuvent être très mal acceptées par l’enfant.. Même si elles s’inscrivent dans le cadre des techniques douces car à haute vélocité, très courte amplitude, et simple levier, elles peuvent apparaître un peu impressionnantes  pour un enfant. D’autant que la lésion traumatique est douloureuse.

 

Les techniques dites fonctionnelles se révèlent souvent insuffisante pour normaliser une articulation en lésion traumatique. Le paramètre mécanique génère des tensions capsulaires et musculaires de protection.

 

La mésothérapie va pouvoir résoudre un double problème : normaliser un dérangement articulaire en respectant la douleur et l’état lésionnel, et ne pas utiliser le thrust et son action réflexe nécessaire.

 

Elle a une action locale : antalgique, anti-inflammatoire, circulatoire qui permet de mobiliser avec beaucoup plus de facilité des tissus douloureux.

 

L’action du produit injecté au niveau du métamère va remplacer l’action inhibitrice de thrust par une sédation des influx afférents à la corme postérieure. Au niveau médullaire les seuils d’excitabilité vont donc remonter et permettre non seulement de réduire la sensibilité douloureuse mais aussi diminuer ou supprimer le spasme neuromusculaire habituellement facteur d’entretien de la lésion ostéopathique.

 

 

 

CONCLUSION

 

La mésothérapie et l’ostéopathie agissent en synergie dans les pathologies traumatiques sportives de l’enfant et de l’adolescent. Elles entrent dans un ensemble thérapeutique ou l’on peut également retrouver la podologie et la kinésithérapie.

Le but est avant tout de traiter la lésion primaire avec le moins de doses de médicaments possibles. Cela nécessite de bien assimiler la physiopathologie afin de mettre en place la séquence thérapeutique la plus adaptée.

 
[ 2004 L'Ostéopathie ]

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